Les tristes

Naufrage du Hilda – Nuit du 18 au 19 novembre 1905

Le 18 novembre 1905, le « Hilda» qui assure la liaison Southampton-Guernesey-Jersey-Saint-Malo, quitte le port de Southampton pour Saint-Malo, avec 99 passagers à son bord.  Ce steamer appartient à la compagnie London and South-Western. Il est commandé par un excellent marin, le capitaine Grégory.

Voici le récit de l’abbé Emile Ménard, recteur de Saint-Cast :

« Une épouvantable catastrophe s’est produite dans la nuit de samedi à dimanche 18 et 19 novembre, en vue de Saint-Malo, à l’entrée de la passe dite « la passe à l’Anglais ». Le steamer Hilda  s’est perdu corps et biens en arrivant de Southampton. Ce vapeur était attendu dans la soirée de samedi…Le lendemain matin, dimanche, un autre vapeur de la même compagnie, « l’Ada » quitte Saint-Malo pour l’Angleterre. Tout à coup, en arrivant à la Passe à l’Anglais, il aperçoit entre les rochers des « Portes », la mâture d’un vapeur. L’Ada approche. C’est L’Hilda éventré, accroché sur les récifs des Portes à 4 milles de Saint-Malo et à 800 mètres du phare du Jardin.

Dans les haubans d’un des mâts était accrochée une véritable grappe humaine.

Le capitaine envoya aussitôt des embarcations qui arrivèrent aux rochers des Portes. Les marins furent frappés d’horreur en constatant que ceux qu’ils venaient secourir, étaient morts, glacés par le froid. Six hommes seulement qui faisaient encore quelques mouvements, l’air hébété, presque des cadavres, furent embarqués dans un des canots qui les transportèrent aussitôt à Saint-Malo. C’étaient des marchands d’oignons du Finistère et un matelot anglais, le seul survivant de l’équipage qui se composait de 27 marins et du commandant : le capitaine Grégory et de deux dames d’équipage.

Il y avait des passagers anglais et français. Parmi ceux-ci, 70 Johnies qui venaient de livrer leurs cargaisons d’oignons en Angleterre… La mer a rejeté dès le lendemain de nombreux cadavres sur nos plages.

Les corps furent déposés dans la vieille église de Saint-Cast. Les obsèques eurent lieu le jeudi 23 lors d’une grande cérémonie officielle en hommage aux victimes en présence des autorités civiles et militaires et d’un représentant du Gouvernement anglais.


Tout près de l’entrée de la plage de l’écluse à Dinard, on peut voir le monument commératif de cette tragédie pour « ne pas oublier ».

Il s’agit de l’hélice du Hilda.

aller plus loin : Les bateaux anglais de Saint-Malo et le naufrage du vapeur « Hilda » (Henri Fermin – Editions Danclau 1989)

 

Ouragan – Nuit du 15 au 16 octobre 1987

Dans cette terrible nuit, un ouragan s’abat sur la Bretagne. Des vents violents dévastent l’ouest de la France, on a enregistré 220 km/h à la pointe du Finistère et jusqu’à 170 à 180 km/h à l’intérieur des terres. Des vagues de 14 à 16 mètres de hauteur sont observées au large d’Ouessant et de Belle-Ile-en-Mer.

Le lendemain matin, le réveil est douloureux pour les Bretons avec des dégâts considérables. Près du quart de la forêt bretonne est détruit par l’ouragan et des centaines de milliers d’habitants sont privés de courant :

  • 165 000 abonnés sont privés d’électricité,
  • 83 000 km de fils sont à terre dans le département des Côtes du Nord

Les premières estimations chiffrent les dégâts à près de 10 milliards de francs. Le bilan humain est très lourd avec quatre morts dont deux enfants dans le Finistère, 15 tués en France et 19 en Angleterre. Il faudra beaucoup de temps à la Bretagne pour panser les plaies de cette tempête, la pire que la région ait connue dans toute son histoire. Le monde de la pêche est durement touché : 25 navires costarmoricains coulent ou sont détruits par la tempête.

Témoignage de Yann Lemaître, matelot à Saint-Cast-Le-Guido en 1987. Il a passé la nuit sur le port à regarder impuissant les bateaux couler. Il raconte le moment le plus douloureux de sa vie.

« Je n’aime pas reparler de cette nuit -là. Dès que je regarde des photos ou des vidéos, j’ai les larmes qui montent aux yeux. Mais je pense qu’il faut raconter pour ne pas oublier. Surtout pour que les jeunes soient au courant de ce qu’il s’est passé ce 15 octobre 1987.
J’avais 20 ans et j’ étais matelot sur Le fils du Caïd, le bateau de pêche à la coquille 
de mon oncle. C’était un après-midi particulier. Mon terre-neuve se cachait sous la table du jardin. Les chiens sentent ces choses -là. Le soir, comme à mon habitude, je suis allé me balader sur le port de Saint -Cast, malgré le vent qui commençait à souffler.
La tempête s’est levée vers 21 h – 21 h 30. De plus en plus fort à mesure que tombait la nuit. Avec six autres marins, nous avons décidé de rester sur le port. Tout volait autour de nous.
Nous avons vu les amarres du bateau de l’école de plongée se briser. Il a entraîné une vingtaine de bateaux avec lui qui ont fini par s’éclater contre les rochers de la digue. D’autres coulaient à pic. À la surface
 de l’eau, nous avons commencé à voir des lumières qui brillaient. Je me suis approché, croyant que c’était des humains à la mer. Je rampais au sol tellement le vent était fort. En fait, c’était tous les gilets de sauvetage qui remontaient à la surface.
Je suis resté toute la nuit à regarder, impuissant, cet horrible spectacle. Le lendemain matin, c’était la désolation. Tous les marins cherchaient leurs bateaux. Certains pleuraient car leurs bateaux étaient au fond du port, d’autres exultaient de voir le leur encore là. Pour un marin, un bateau c’est toute une vie. Pour eux, c’était comme si on avait cassé leur maison au bulldozer. Même pire… Car le bateau, c’est l’outil de travail de tout un équipage…

Dès l’aube du 16 octobre, grande mobilisation générale pour le renflouement. Une équipe de plongeurs travaille sans relâche jusqu’à la tombée de la nuit : Gérard Bourret, Bruno Ruiz, Claude Pezron, Yvon Quémeraio, Pascal Hourdin et Jean-Marie Laborie.

Le 1ermars 1988, François MITTERRAND rend visite au département des Côtes-du-Nord à l’invitation de Charles Josselin, président du Conseil départemental. Il reçoit à Saint-Cast-Le-Guildo, un accueil respectueux et chaleureux.

« Votre visite, pour nous, est un honneur mais aussi une véritable fête, celle de la démocratie.» déclare Yves Sabouret, maire de Saint-Cast-Le-Guido et conseiller général pour cette première visite d’un chef d’Etat à Saint-Cast-Le-Guildo.

aller plus loin : dans le prochain ouvrage « la vie maritime à Saint-Cast-Le-Guildo » qui sera édité prochainement par l’association Patrimoine de Saint-Cast-Le-Guildo.

Les photos de cet article ont été aimablement prêtées par Bruno et Geneviève Ruiz.

 

Drame sur la plage de La Mare – Mercredi 19 septembre 1923

En cette fin de saison estivale joyeuse, un drame cruel vint endeuiller deux familles en villégiature à Saint-Cast.

Huit enfants – deux Arnoux, quatre Boiteux, deux Marciana – jouent sur la plage de La Mare, les 5 plus jeunes étant sous la surveillance des 3 aînés qui décident de creuser dans la falaise. La falaise de La Mare est faite d’argile surmontée d’une couche de sable qui sert pour la construction. Une seule cabine de bain se trouve sur la hauteur. Un peu au-dessous du sommet, surplombant la grève d’une dizaine de mètres, se trouve une petite grotte dont l’accès se fait par un semblant d’escalier créé dans l’argile par les baigneurs. René Boiteux, Claude et Philippe Arnoux, armés de leurs pelles, décident d’agrandir le tunnel.

En fin d’après-midi, Madame Boiteux ne voyant pas revenir ses 4 enfants (le 5è, un bébé de 10 mois est resté avec elle), se précipite vers la plage et voit la grotte éboulée. Elle entend un faible appel : «Au secours».  C’est la voix de Philippe Arnoux. Il est enseveli mais le sable a formé une sorte de cheminée au-dessus de sa tête qui lui permet de respirer. Madame Boiteux parvient à le dégager. Puis elle crie pour donner l’alerte. Des hommes l’entendent et accourent pour déblayer. Les deux autres garçons sont recouverts d’un mètre 50 de sable. Malgré l’arrivée du médecin et des secours, la pratique de la respiration artificielle et des tractions rythmiques de la langue, tout est inutile ; la mort a fait son œuvre.

Madame Boiteux fait transporter, dans sa villa Les Fougères, route du Sémaphore, son fils dont les traits ne portent aucune trace visible de l’accident mortel. Claude Arnoux, lui, a le visage tuméfié et écrasé. Enveloppé dans un drap, il sera déposé d’abord, à l’hôtel de la Marine, puis dans sa villa Ker Mascotte.

Les deux mères éplorées tentent de joindre, par télégramme, leurs maris qui sont repartis pour leur travail, Monsieur Boiteux à Metz, le Docteur Arnoux à Paris. Il est tard, les bureaux sont fermés, Saint-Brieuc ne répond pas. La douloureuse nouvelle ne leur parviendra que le lendemain.

Madame Arnoux et Madame Boiteux, restées avec leurs enfants, s’apprêtaient à quitter Saint-Cast le vendredi 21 septembre, la rentrée des classes ayant lieu le lundi 24. Les malles étaient déjà faites en cette avant-veille de départ.

Le samedi 22 septembre, vers 3 heures, le clergé fait la levée des corps, tour à tour, aux deux villas des jeunes victimes. Les cercueils sont conduits à la chapelle Sainte-Blanche, tendue de noir et transformée en chapelle ardente. Après l’homélie et l’absoute, la foule considérable composée de Castins, de la presque totalité de la Colonie balnéaire, de Monsieur le maire, accompagne jusqu’au train qui les emporte à Metz et à Paris, les cercueils des deux enfants. René Boiteux, élève au collège Saint-Clément à Metz avait 15 ans; Claude Arnoux en avait 13.

Cet accident navrant a ébranlé toute la population. Les plages castines présentent la plus grande sécurité mais défense absolue sera faite, dans l’avenir, de pratiquer, dans le flanc des falaises, ces cavernes qui peuvent occasionner des éboulements dangereux.

(Vigie des 23 et 30 septembre 1923)

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