cérémonies religieuses

Grande Fête de la Bénédiction de la mer

Le dimanche 2 août 1925, l’abbé Ribault, curé de Saint-Cast, en présence du maire, de ses deux adjoints et de son conseil municipal, eut l’honneur d’accueillir, pour la première fois, Monseigneur Serrand, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, à qui incombait une triple tâche : la bénédiction du nouveau presbytère dont la pose des vitraux aux 22 blasons de la Salle des Chevaliers s’était achevée la veille,  la bénédiction des deux cloches neuves de la Chapelle Sainte-Blanche nommées Blanche-Florence et Christiane-Marie-Georgette et la bénédiction de la mer et des bateaux.

Pour la bénédiction de la mer, la procession partit, à 15h30,  de l’église, avec croix, drapeaux et bannières, pour se rendre à  la cale de L’Isle-Saint-Cast en  suivant la route du Gros-Chêne, le boulevard Duponchel, la route de l’Isle qui monte de la plage et continue vers le Port-Jacquet. Plutôt que de longer la mer, le défilé emprunta les rues intérieures des Mielles qui avaient été joliment décorées. Les propriétaires de maisons et villas, les hôteliers, les commerçants avaient confectionné, la veille, des banderoles et des guirlandes de fleurs qui entouraient, dans le soir incertain, des arcs-de-triomphes magnifiques. Hélas ! La nuit fut affreuse. Les bourrasques de pluie et de vent de noroît cinglèrent les vitres. L’aube du dimanche se leva grise, humide, maussade. Les drapeaux et les banderoles pendaient, délavés ; les guirlandes étaient effeuillées. La mer houleuse empêcha  les bateaux de La Fresnaye de doubler la Pointe. Un télégramme parvint au presbytère : « La Jeanne d’Arc ne viendra pas. Panne de moteur ». Et pourtant, l’après-midi, le temps était beau quand la cohorte de fidèles descendit vers la mer, à travers les dunes ensoleillées, en chantant des cantiques, toutes bannières déployées. En tête se trouvaient les enfants, suivis des marins de la flotte, puis diverses délégations civiles et la musique instrumentale de Langueux très réputée ; les nombreux membres du clergé précédaient Monseigneur,  en habits pontificaux, qui était suivi par une foule nombreuse. La colonie des Baigneurs, sympathique et curieuse, avait décoré ses villas et les fleurs des guirlandes avaient été remplacées.

A la cale du Port-Jacquet, des barques attendaient, arborant les couleurs nationales et des oriflammes multicolores. Monseigneur Serrand et son cortège prirent place dans le Raymond, remorqué par le yacht à moteur Yerméde M Dupressoir.  Le patron-armateur du Raymond, Joseph Vincent,  hissa au haut du mât les couleurs de l’évêque, pendant que clairons et tambours sonnaient au drapeau. Les chantres et musiciens emplirent les autres barques.  Le Yermé démarra et les deux flottilles piquèrent vers le milieu de la baie, au chant de l’Ave Maris Stella. Les autres embarcations étaient le bateau de sauvetage, le Printemps, patron-armateur Alphonse Dubois, le Chasseur, patron-armateur Louis Tréguy, le Joseph, patron-armateur Le François, le Quatre-Frères, patron-armateur Hilarion Dupuis, l’Eugène, patron-armateur P Esnault, le Noël, patron-armateur Faruel, l’Annette, patron-armateur Jézéquel, la Couronne, patron-armateur Lamballais, la Belle France, armateur M Batoche, patron Bily. Revenues sous Bec- Rond, les deux flottilles se regroupèrent puis le Yermé amena en avant le Raymond.

La foule qui se massait sur les falaises et sur les quais put voir l’évêque, crosse en main, revêtu de la chape d’or, se dresser à l’avant de la barque tel les grands saints d’Irlande qui débarquèrent sur le rivage castin,  réciter au-dessus des flots des oraisons et plonger, par trois fois,  la hampe de la croix dans les vagues. Ensuite ce fut  l’absoute des naufragés, moment de souvenir et de prière pour ceux qui n’étaient plus et dont la mer avait  gardé les restes mortels. Clairons et tambours sonnèrent aux champs et les bateaux saluèrent trois fois de leur pavois. Les chœurs chantèrent le De Profondis pendant que l’évêque formait à nouveau, de la main, le signe de la croix sur l’immense cercueil de la mer. Encore houleuse au large, elle s’était apaisée entre les deux pointes de La Garde et de L’Isle. Le défilé nautique revint vers la cale et  les bateaux accostèrent.

 Le cortège des fidèles et spectateurs, en remontant la côte du Port-Jacquet,  repassera sous des arcs de triomphe où, parmi les guirlandes de glycines et de cytises, étaient appendus des filets de pêcheurs et des bouées.

 

Les processions

Les processions partent d’une église paroissiale ou d’une chapelle et se dirigent vers un calvaire, un oratoire ou un reposoir. Avec les pardons, elles permettent, en Bretagne, d’exprimer la ferveur religieuse et de perpétuer les traditions locales. On peut en rappeler, pour mémoire, quelques unes qui émaillent l’année liturgique : celles les Rogations, de la Fête-Dieu, des Communions solennelles, de l’Assomption, de la Fête patronale, celles aux croix hosannières, et celles qui avaient lieu lors des Pardons.

Les processions accompagnent aussi les paroissiens dans les évènements ponctuels, heureux ou malheureux : l’épidémie de choléra en 1832 qui fit 50 morts à l’Isle, la bénédiction solennelle de la Colonne le 11 septembre 1858, l’inauguration du nouveau pont du Guildo le 25 mai 1864. On peut y ajouter les bénédictions de chapelles, oratoires, les fêtes votives. Puis elles commencent à décliner vers les années 1970.

Laissons l’abbé Emile Tréguy nous conter la procession de la fête patronale de Notre Dame du Guildo, le dimanche suivant le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge Marie. Dans les année 1900, cette fête est supprimée et transférée au 15 août : « A l’issue des vêpres, la procession se mettait en marche ; en tête, deux immenses étendards bleus à croix blanche encadraient la croix professionnelle ; suivaient les petites filles de l’école, vêtues de blanc, portant la croix bleue et blanche de la communion, et de nombreux petits drapeaux bleus. Puis venaient les garçons avec leur croix de communion, rose et blanche, et leurs petits étendards roses…Des jeunes filles portaient une bannière de la Sainte Vierge et deux étendards… Les enfants de choeur, le clergé et l’officiant terminaient cette longue théorie… A la suite du clergé venaient les autorités : Mr le Maire, Mr l’Adjoint, ceints de leur écharpe tricolore, Mr le Capitaine des Douanes, en grand uniforme… tous les douaniers relevant de Mr le Capitaine des Douanes du Guildo assistaient à la procession, en grande tenue et sous les armes. Commandés, au nombre d’une cinquantaine, par Mr le Lieutenant des Douanes, ils suivaient Mr le Sous-Lieutenant qui portait le drapeau de la compagnie. Ensuite, c’était toute la paroisse chantant et priant la bonne patronne. On se rendait au château du Val ou au port du Guildo ».

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